Remettre les pieds dans les plats?

Il a fallu que je prenne rendez vous avec moi même.

17:30, en cuisine.

Il aurait même fallu que je le note sur l’agenda, mais ce n’est pas professionnel, et il aurait fallu que je sois sûre que ce soit possible. Ce rendez vous avec moi même.

Nez en moins, j’ai posé l’engin sur la chaîne et cherché la musique adéquate. Celle dont je pensais avoir besoin, celle qui déclenche le travail des mains.

Parce que je sais depuis plus de deux ans maintenant, que le travail manuel se fait mieux en rythme, que la tête s’évade, l’esprit s’envole, et montent les pâtes à gâteaux.

Refaire un gâteau.

Juste pour voir si j’en étais encore capable. Un gâteau pour rien, ni pour un anniversaire, ni parce qu’on attends du monde, un gâteau rien que pour lui, le malaxer, le voir grandir, le humer, l’enfourner, le veiller, le pointer, le faire refroidir, attendre.

Attendre.

La patience. L’impatience. Le temps.

 

C’est après tout cela que je cours, et cours encore.

Mes gâteaux quotidiens sont devenus semestriels, mes éditions, annuelles. On dirait que mon avenir est celui de la presse papier, soumis aux aléas économiques.

C’est un choix de vie.

Pourtant, je dis encore parfois, ah mais si, ce gâteau là je l’ai déjà fait, si, mais comment tesse enfin? Où?

J’ai passé 15 minutes, montre en main, avant de retrouver les identifiants d’ici. Tu vois. Oublier ses mots de passe c’est oublier la clé de la maison. J’ai fini par la retrouver, dans la gouttière.

Bref.

Tout ça pour dire que j’étais à l’heure.

J’avais même sorti les ingrédients dans le cours de la journée.

‘Je n’avais pas tout ce qu’il me fallait, mais c’était histoire de voir si je pouvais imaginer le moyen de remplacer le manque.

J’étais à l’heure, et la musique aussi.

Dont le robot a caché la mélodie, le temps de fouetter.

Tant et si bien, que je n’ai même pas entendu la belle sœur entrer avec l’homme.

Je savais qu’il fallait prendre rendez-vous, je savais aussi que c’était illusoire d’espérer rester seule le temps de mon office.

J’ai mis la pâte dans le moule. J’ai enfourné. Et je les ai rejoins pour le café.

Tu vois, j’ai pu refaire une recette d’ici, peu importe laquelle, c’est juste d’avoir pu remettre les pieds dans l’office sans qu’il soit bureau, juste d’avoir déclaré à moi-même qu’il ne fallait pas s’oublier.

Un pieds dans le plat, la tête libre, pour se nourrir de plaisir.

Je reviendrai.

Avec des photos.

Parce qu’il ne faut quand même pas croire que j’aurais pu imaginer faire des photos…

image

Te souviens tu de moi?

Du pieds de l’arbre et du ciel en émoi?

Te souviens tu des jours paisibles?

De ceux qui ne s’oublient pas?

Un pas et encore un pas, j’avance.