La Madeleine en Photo pour le concours de Dumè et Nawal…

(ça, c’est la photo qui concourt, d’ac?)

Il m’est définitivement acquis que les Madeleines à bosses, c’est pas pour moi. J’ai tiré un trait, fait une croix dessus, laissé tomber, fait mon deuil.
C’est pourquoi, la photo que j’en ai faite, est de son ventre.
Et c’est bien connu que la madeleine à bosse elle retombe toujours en arrière, dans un grand splasch, en éclaboussant ses voisines, et en exposant à nos regards émerveillés ce ventre blanc et strié, sur lequel s’accrochent mille coquillages.
Et puis, il y ales écrivains de talent, ceux dont on se demande à la fin de la phrase à combien de pages en arrière celle ci commençait.
Des phrases longues comme des baleines, mais savoureuses com
me les madeleines.
Qui ne connaît pas Proust et la sienne, de madeleine?
Tiens, je copie colle le texte que Nawal et Dumè ont eu la gentillesse de nous remettre en mémoire pour ce jeu à la bonne idée de mélanger photo et écriture, un mélange de bon goût en somme.

(Tous les détails du jeu en cliquent sur la bannière à droite…)


Marcel Proust, 1913. Du côté de chez Swann, dans A la recherche du temps perdu, Pléiade, t.I.

La Madeleine.

II y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. II m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. II est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi.
[…]
Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité. Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher ? pas seulement : créer. II est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.
Et je recommence à me demander quel pouvait être cet état inconnu, qui n’apportait aucune preuve logique, mais l’évidence, de sa félicité, de sa réalité devant laquelle les autres s’évanouissaient. Je veux essayer de le faire réapparaître. Je rétrograde par la pensée au moment où je pris la première cuillerée de thé. Je retrouve le même état, sans une clarté nouvelle. Je demande à mon esprit un effort de plus, de ramener encore une fois la sensation qui s’enfuit. Et, pour que rien ne brise l’élan dont il va tâcher de la ressaisir, j’écarte tout obstacle, toute idée étrangère, j’abrite mes oreilles et mon attention contre les bruits de la chambre voisine.
Mais sentant mon esprit qui se fatigue sans réussir, je le force au contraire à prendre cette distraction que je lui refusais, à penser à autre chose, à se refaire avant une tentative suprême. Puis une deuxième fois, je fais le vide devant lui, je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s’élever, quelque chose qu’on aurait désancré, à une grande profondeur ; je ne sais ce que c’est, mais cela monte lentement ; j’éprouve la résistance et j’entends la rumeur des distances traversées.
Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l’image, le souvenir visuel, qui, lié à cette saveur, tente de la suivre jusqu’à moi. Mais il se débat trop loin, trop confusément ; à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l’insaisissable tourbillon des couleurs remuées ; mais je ne peux distinguer la forme, lui demander, comme au seul interprète possible, de me traduire le témoignage de sa contemporaine, de son inséparable compagne, la saveur, lui demander de m’apprendre de quelle circonstance particulière, de quelle époque du passé il s’agit.
Arrivera-t-il jusqu’à la surface de ma claire conscience, ce souvenir, l’instant ancien que l’attraction d’un instant identique est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi ? Je ne sais. Maintenant je ne sens plus rien, il est arrêté, redescendu peut-être ; qui sait s’il remontera jamais de sa nuit ? Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui. Et chaque fois la lâcheté qui nous détourne de toute tâche difficile, de toute oeuvre importante, m’a conseillé de laisser cela, de boire mon thé en pensant simplement à mes ennuis d’aujourd’hui, à mes désirs de demain qui se laissent remâcher sans peine.
Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé; les formes – et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot – s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

(banc de Madeleines)

Saviez vous que les madeleines furent sans doute inventées pas Madeleine Simonin, cuisinière de Paul Gondi, cardinal de Retz et prélat de Paris pendant la minorité de Louis XIV?

En 1661, alors que le cardinal habitait Commercy, il souhaita modifier la pâte à beignets, au point qu’apparut une nouvelle pâtisserie. C’est la duchesse de Longueville, qui dînait chez le cardinal en qualité de frondeuse, qui baptisa ces douceurs du nom de la cuisinière qui les fit connaître. (…) .
Râpez sur un morceau de sucre le zeste de deux citrons, écrasez ce sucre très fin, mêlez le avec du sucre en poudre; pesez en neuf onces que vous mettez dans une casserole avec huit onces de farine tamisée, quatre faunes et six oeufs entiers, deux cuillerées d’eau-de-vie d’Andaye et un peu de sel (…)

Je pourrais continuer la recette ainsi faite comme indiquée dans le livre que j’ai sur les genoux « La grande histoire de la Pâtisserie-Confiserie Française » de S.G.Sender et Marcel Derrien, aux éditions Minerva. Mais non, car nous nous trouverions fort dépourvu(e)s, non?
J’en ai plusieurs versions (toutes plates, faut pas croire que je ne tiens pas ce que je dis)
Ici, par exemple ou (ah ah ah , les photos, je rigole!)
Du coup, je me permets parfois des variations: changer la nature du sucre, un peu de celui ci ou un peu de celui là…ici, j’ai fait au citron jaune et avec un peu de vergeoise brune et du sucre roux. Et j’ai battu les blancs en neige..et j’ai obtenu 56 belles madeleines, format cuillère à soupe.
On y va?

Pour une cinquantaine de Badeleines.
8 oeufs, 150 g de sucre roux, 50 g de vergeoise brune, 2 càc de zeste de citron (bio, non traité, est il besoin de dire?), 180 de farine, 200 g de beurre demi sel fondu, 4 càc de jus de citron (en fait faut 1 citron!)
Tu fouettes: les jaunes d’oeufs, le sucre, le zeste, jusqu’à blanchissement.
Tu incorpores le beurre, je jus de citron, la farine.
Tu bats les blancs fermes. Tu ajoutes délicatement.
Dans un four préchauffé à 200 degrés tu fais cuire tes madeleines dans un moule (le mien, plaque de silicone noir Demarle, si tu en veux tu dis) pendant 15 mn.
Tip top.
Tu enlèves la main de ta fille de trois ans pour ne pas qu’elle se brûle…

Mais bon, tu ne peux pas lui en vouloir...
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